OTTiLiE [B] I CŒUR ≤3

Épaulée par une autre tête chercheuse complice et familière de son univers, le musicien-compositeur-arrangeur Olivier Koundouno, Ottilie [B] mélange ici textures électroniques, samples et orchestrations world avec un appétit pique-assiettes et une grâce envoûtante. Un album plus minimaliste, charnel, viscéral et urbain que son prédécesseur (Passage, en 2017). Douze titres à géométrie variable et à la poésie indomptable, intuitive et concernée. Les sons s’ouvrent comme des fleurs, prennent habilement corps dans la durée au milieu d’un foisonnement de micro-détails embusqués. Les beats concassés et les incantations tribales accueillent l’échappée en créole d’Oriane Lacaille (Définitif), un dialogue intérieur se pare de scratches (<3), le violoncelle ressemble à un voilage soulevé par le vent pour y laisser s’engouffrer des hôtes inattendus : un cristal baschet, des bruits d’ascenseur ou de manif. Y entendre encore la félinité de Dimoné sur le polysémique Ton ombre, une collision désinvolte aux effluves Brigitte Fontaine vs Serge Gainsbourg (JNSPQD, avec Nicolas Jules), le traitement de la parentalité par le biais du cri du cafard (Chemin du silence), une variation autour du mythe de Sisyphe (Vas-y...), un hymne contre la domination patriarcale
et le capitalisme (MCMR), l’érotisation du sexe de Jésus (Marie M, avec Wendy Martinez). Et enfin, le chant d’Ottilie [B], aux techniques vocales inouïes - diphonique, joik, scansion... - et envisagé dans l’infinie grandeur de ses pouvoirs expressifs.

COEUR <3 multiple, diffus, vivant. Vibrant. L’organe qui donne et reçoit. Consolateur, générateur et perturbateur. C’est le lieu de la vaillance également, le coeur. Elle a ça en elle, Ottilie [B].